Editorial du 28 novembre 2007

Le Professeur Robert Nikolaus BRAUN est mort

Nous venons d’apprendre le décès du Professeur RN. BRAUN, pionnier de la médecine générale, à l’âge de 93 ans. La Société Française de Médecine Générale salue avec respect sa mémoire.

Dès 1957, il publiait ses premières réflexions sur la notion de diagnostic : « Die gezielte Diagnostik in der Praxis Grundlagen und Krankheisthäufigkeit. Stuttgart 1957 ». Mais, c’est  son ouvrage paru en 1970 et traduit en 1979 sous les auspices de la SFMG, par Judith BLONKOWSKI avec la collaboration d’Oscar ROSOWSKI, Philippe JACOT et Jean de COULIBOEUF qui l’a fait connaître à la communauté médicale française : « Pratique, Critique et Enseignement de la Médecine Générale ». Réédité en 1997 (bibliothèque scientifique Payot ISBN 2-228-89113-4), cet ouvrage a permis à plusieurs générations de praticiens de comprendre en quoi la médecine générale est bien une spécialité. Non, on n’est pas médecin généraliste parce qu’on est le médecin « de la famille » ; non le généraliste n’est pas « un peu cardiologue, un peu gynécologue, un peu… ». Ce qui caractérise la spécialisation praticienne, c’est l’accomplissement d’une fonction particulière : l’appréciation et la prise en charge rapide des troubles de santé qui ne peuvent être « diagnostiqués » comme maladie.

Loin d’être le « gourou » vieillissant de la SFMG aux théories obsolètes, comme d’aucuns l’ont parfois présenté, il avait analysé, avec une lucidité de visionnaire ce qu’était la médecine générale : oui la médecine générale est éminemment dépendante du temps dont dispose le médecin ; oui c’est à tort que le praticien agit comme s’il établissait des diagnostics clairs à chacune de ses consultations ; oui il doit prendre rapidement ses décisions.

Affirmer que le médecin peut, chaque fois, au terme de vingt minutes de consultation identifier l’existence d’une maladie nosologiquement définie, est sans doute en effet la plus grande illusion collective qui ait jamais existé. Et pourtant, le praticien pourrait dire à son malade, comme le disait un autre pionnier de la médecine, le Professeur Bernard GRENIER: « Je ne sais pas ce que vous avez, mais je sais ce que je dois faire ».

Avoir parlé pour la première fois de la « Loi de répartition régulière des cas » peut apparaître comme une lapalissade : mais oui, comme l’orthopédiste, comme l’ORL, le médecin généraliste « voit » toujours la « même chose ». On le sait bien, mais encore fallait-il le démontrer. Tous les praticiens exerçant la médecine générale sous la même « latitude » doivent s'attendre à retrouver de façon régulière environ 300 résultats de consultation, pourvu qu'ils les désignent toujours de la même manière : c’est l’objet du Dictionnaire des Résultats de Consultation© en médecine générale (DRC-SFMG©), dans le droit fil de la Kasugraphie de RN. BRAUN. Faudrait-il dire, alors, qu'il est inutile d'étudier le reste de la médecine ? Non, bien sûr, le praticien devra connaître aussi les manifestations de la grossesse extra utérine, ou du glaucome aigu qu'il rencontrera rarement. Mais quel dommage que l'Université ne l'ait pas familiarisé avec les règles de la distribution des cas !

Une étape essentielle de la reconnaissance des travaux de RN. BRAUN a été réalisée par le groupe IMAGE de l'Ecole Nationale de Santé Publique (ENSP), quand les économistes de la santé ont compris au travers de la logique du PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information) et du management des risques en médecine que le Résultat de Consultation était un élément essentiel des stratégies de décision médicale. Il s'agit là du processus de régulation des soins secondaires et tertiaires par le champ des soins primaires à la fois au plan individuel et au plan collectif.

Que la disparition de RN. BRAUN soit l’occasion pour nos collègues de se replonger dans la lecture de « Pratique, Critique et Enseignement de la Médecine Générale » serait sans doute le plus bel hommage que nous pourrions lui rendre. La SFMG ne manquera pas dans ses colonnes de publier à nouveau les travaux de celui qui, depuis bientôt trente ans, a donné à son action le sens qu’il fallait.

Pierre FERRU
Directeur du département du Dictionnaire des Résultats de Consultation


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